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Affiche - Interview Marie-Odile et Marie-Claire


Nous avons voulu en savoir plus sur les motivations et les expériences des deux médecins bénévoles que nous avons accompagnés dans la mission du Spiti (Montagne du Bonheur). Nous leurs avons donc posé quelques questions auxquelles elles ont très gentiment répondu.

Voici l’interview de Marie-Odile et de Marie-Claire, nos deux médecins au grand cœur !


* Comment est née cette envie de réaliser des missions humanitaires ?

Marie-Claire et Marie-Odile en consultation à Dhankar (Spiti)

Marie-Claire : En 1997, j’ai eu l’occasion de suivre un ami médecin qui travaillait dans un dispensaire de la forêt amazonienne de Guyane française. J’ai ainsi pu découvrir une autre médecine, dans des zones isolées, avec des populations diverses, telles qu’amérindiens, noirs-marrons, créoles, etc… J’ai donc découvert des pathologies différentes, propres à ces zones tropicales. Ceci m’a donné l’envie de faire une formation en médecine tropicale, formation que je n’ai pu faire qu’en 2002 grâce aux RTT et qui s’intitulait « Médecine Tropicale et Humanitaire ». Au cours de cette formation, j’ai rencontré d’autres médecins qui travaillaient déjà dans ce domaine en Afrique et à Haïti… Les récits de leurs missions m’ont passionné, moi qui aime tant la géographie et les voyages. Réaliser des missions humanitaires était donc aussi, pour moi, une manière de voyager autrement, au plus près des populations, tout en leurs étant utiles. Ainsi est née cette envie de faire de l’humanitaire, et également, parce qu’à cette période, je n’avais plus la charge de mes enfants. C’était aussi pour moi, une façon de préparer ma retraite et ainsi d’occuper ce futur temps en continuant mon métier de médecin…

Marie-Odile contemple la rivière (Spiti)

Marie-Odile : Je suis née et ai vécu ma jeunesse dans un petit village du Haut Doubs, et je n’ai, à ma connaissance, aucun navigateur ni grand voyageur dans mes ancêtres… Pendant mes études de médecine, j’envoyais des médicaments à un missionnaire au Congo… Puis, lors de la création de Médecin Sans Frontière (MSF), j’ai postulé et ma candidature a été retenue… j’ai dû y renoncer pour des raisons familiales… Mais dès l’envol de mes enfants, je me suis inscrite au Diplôme Universitaire (DU) de médecine tropicale et humanitaire, et en 1996, pour mon mémoire, j’ai réalisé une première mission en Guyane française, en terres amérindiennes, quelles richesses…



L\'équipe en plein travaille à Madagascar!





* Depuis quand effectuez-vous ces missions ? (combien et où ?)


Marie-Claire : Pour moi, depuis 2003 à Madagascar avec une association que m’a fait connaître Marie-Odile. Nous y sommes retournées en 2005 pour faire du dépistage de la lèpre avec des religieuses d’une léproserie dans une zone très isolée de la forêt malgache, puis en 2007 dans une maternité et en 2009, en prévision, si la situation politique le permet.
Nous cherchions déjà, depuis 2005, une autre association et l’Inde nous attirait. Le hasard a voulu qu’en lisant le « quotidien du médecin » en novembre 2005, j’ai vu l’annonce de Pascale. J’ai contacté Marie-Odile et nous sommes arrivées à Rewalsar en mai 2006. Puis, son projet du Spiti nous a plu et tu connais la suite… la mission du Spiti, fin août 2008…


Marie-Odile : Après la Guyane en 1997, Madagascar en 1998 et la découverte de la grande île (avec visites des hôpitaux, dispensaires, léproseries, prisons), j’y suis revenue en 2000 pour effectuer des évaluations sur les besoins de santé et de médicaments dans les hôpitaux, les dispensaires et les prisons des hauts plateaux.
En 2003, j’ai effectué une mission dans une léproserie à Fianarantsoa et en mars 2006, une à Meulaboh (territoire de Banda Aceh, Sumatra) avec la croix rouge française où j’ai participé à la réhabilitation d’un dispensaire envahi par les eaux lors du tsunami de décembre 2005. Puis en octobre 2006, je me suis rendu chez les Tanalas, dans la forêt du sud-est de Madagascar : l’objectif était d’effectuer une mission de dépistage de la lèpre. En fait, cette communauté vit dans une très grande pauvreté, connaissant de nombreuses famines et pathologies tropicales multiples. En 2006, nous sommes venues pour la première fois en Inde, effectuer une mission à Rewalsar avec Montagne du Bonheur et nous avons fait des rencontres si riches avec les Tibetains en exil ! En 2007, nous sommes retournées à Madagascar, effectuer une mission dans une maternité de Fianarantsoa, de nouveaux sur les hauts plateaux malgaches. Et enfin, en 2008, nous avons réalisé cette mission dans la haute vallée himalayenne du Spiti… Une mission exceptionnelle !

Madagascar - L\'ensemble du village dit \"au revoir\" à l\'équipe de médecins





* Comment votre équipe s’est-elle formée (Marie-Odile & Marie-Claire) ?


Marie-Claire : Nous nous sommes connues par notre travail. Nous avions les mêmes missions en actions de santé, Marie-Odile, pour le conseil général de Mayenne, et moi, pour la Loire-Atlantique. Nous avions régulièrement des réunions régionales.


Marie-Odile : Nous avions les mêmes missions dans deux départements voisins de la région des Pays de la Loire, et, bien vite, nous nous sommes aperçues que nous partagions la même approche des voyages…




* Pouvez-vous nous raconter vos souvenirs les plus marquants lors de ces missions ?


Marie-Odile : Difficile d’en choisir qu’un…

Le souvenir le plus dur est sans doute cette jeune maman, Tanala, de la forêt malgache, qui nous a accompagnés jusqu’au petit train qui allait nous ramener de Manakara à Fianartantsoa et qui avait plusieurs enfants atteints de malnutrition extrême. Nous les avions examinés la veille… Très dur de reconnaître notre pauvreté, nous ne pouvions lui apporter de réponses…

Le souvenir le plus réconfortant, le sourire, l’accueil des lamas ou des villageois de tous les âges de la vallée du Spiti, dont les conditions de vie sont également très difficiles. Ce qui nous a vraiment marqué, c’est leur exceptionnelle sereinité sous ce ciel himalayen d’un bleu si pur…


Marie-Claire : Dans la forêt malgache, où nous avons côtoyé la pauvreté à l’extrême et le mauvais état de santé des enfants (malnutrition entre autre) dont beaucoup étaient orphelins (la mortalité maternelle et infantile est importante compte tenu de l’isolement et notamment de l’isolement aux soins de santé).

Et bien sûr, la merveilleuse vallée du Spiti : endroit magique, paysages incroyables, découverte d’une autre culture en côtoyant la population venant en consultation : les villageois, usés par leur travail, les enfants, les moines, les moinillons, qui nous souriaient avec leur cœur. L’accueil de tous ces gens, qui vivent simplement et dans des conditions très difficiles l’hiver, est chaleureux jusqu’à nous inviter facilement chez eux ! C’est formidable de découvrir la culture d’un pays de cette façon ! C’est vraiment très bien que l’association puisse venir dans ces villages isolés, aux faibles ressources médicales, bien que les conditions de vie, pour nous, ne soient pas toujours évidentes et que nous soyons confrontées au barrage de la langue…
Mais nous avons été beaucoup aidées par Pascale et Sherap. Sans oublier nos cameramens, Benoit et Louis, qui nous ont apporté leur jeunesse et dont nous admirons leur énergie à parcourir l’Asie dans des conditions pas toujours très faciles…



Photo de classe après un cours pédagogique sur l\'hygiène





* Avez-vous des projets pour de futures missions ?


Madagascar - enfants de la rue...

Marie-Claire : En 2009, à Madasgascar, si la situation politique actuelle s’améliore…
Nous espérons aussi revenir en Inde et au Spiti, si le dispensaire s’ouvre à Dankhar et peut-être pour étudier un éventuel projet de médecine à distance pour ce dispensaire si l’association étudie cette possibilité.
Peut-être aussi, explorer un autre continent, d’autres populations : Amérique Latine, pourquoi pas…




Marie-Odile : Oui, nous avons plusieurs projets :
Tout d’abord poursuivre nos missions à Madagascar et en Inde du nord, impossible de renoncer à ces rencontres ! Les Malgaches des hauts plateaux, les Indiens et Tibétains des régions de Rewalsar et de la vallée du Spiti sont devenus nos amis. Sinon, nous avons également des projets au Népal, à Katmandou, dans la clinique de Mathieu Ricard, et aussi au Cambodge et en Amérique Latine…




* Si vous aviez un petit mot à dire à une personne encore hésitante à faire le pas… ?


Marie-Claire : Que c’est très enrichissant sur le plan personnel, culturel et médical en fonction des pays aidés et que l’on peut aussi faire des actions de préventions et (ou) de formations pour certains personnels locaux.
Que les populations aidées sont très reconnaissantes et que l’on voit un pays d’une façon totalement différente, au plus près de ces populations, et que nous apprenons beaucoup sur leur mode de vie, leur culture, etc… N’hésitez pas plus longtemps !


Marie-Odile : Pour moi, aucune hésitation possible ! Ces missions sont tellement riches …



Une femme du village de Guee entrain de travailler






Cet article a été posté le Samedi, 21 février, 2009 à 6:28 • Par .
Catégories: Indian' Mag.

4 Commentaires, Commentaire ou Rétrolien

  1. BOISSINOT

    Bien chers,

    A chaque fois, c’est un plaisir « d’en prendre plein les yeux, et surtout le coeur » de ce que vous faites. Des moments d’humanité partagée mis à la disposition de vos « lecteurs », ce sont des gouttes d’eau faisant grossir les minces filets d’humanité dans cette époque lourde. Espérance quand tu nous tiens!
    Merci à vous les audacieux.

    Continuez.

  2. KONTAO DRAMANE

    Mesdames, chapeau

  3. Le Bacon Jean-Paul

    Un engagement concret pour « voyager autrement » : découvrir le monde tout en se rendant utile, on ne peut mieux faire comme témoignage ; félicitations à toutes deux et merci Marie-Odile de venir témoigner dans notre association Arradon Terre du Monde.

  4. vasquez nicole

    merci pour ces témoignages très intéressants et surtout pour tout ce que vous faites là où il y a tellement besoin d’aide – c’est merveilleux d’avoir des connaissances médicales et de les mettre au service des plus pauvres.

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