A Dhaka, la population est extrêmement dense. Les moindres recoins de la ville sont « habités »… jusqu’aux rails de la voie ferrée où des quartiers entiers se sont formés! Et pourtant, pas moins d’un train par heure, dans les deux sens, circulent quotidiennement…
Nous déambulons dans cette grande ville depuis déjà plusieurs heures. La fatigue commence peu à peu à se faire ressentir. Nous suivons, plus ou moins à la lettre, notre itinéraire, planifié la veille, afin de faire des images de certains quartiers de la ville. Une ville comme celle-ci, lorsque vous n’êtes pas habitués, vous use en un rien de temps; le bruit, la pollution, le trafic et les interminables questions qui se répètent sans cesse : « where do you come from? », « what’s your name? », … viennent s’accumuler et finissent par vous fatiguer très rapidement…

Aussitôt, nous sommes salués et invités à manger, chez une vieille femme qui est entrain de préparer un subzi (plat de légumes) pour accompagner sa ration de riz. Elle cuisine, sur un petit poêle en terre, à l’extérieur de son « logis », bâtit avec des feuilles de palmiers tressés et une plaque de tôle ondulée en guise de toiture. Elle nous offre, sans cesse, de magnifiques sourires! Un peu plus loin, a à peine quelques mètres, la même scène recommence. Nous savons bien que si nous acceptons leurs invitations, alors nous leurs ferons extrêmement plaisirs… mais malheureusement, nous venons tout juste de nous arrêter dans un petit boui-boui… et de plus, nous souhaitons en découvrir, un peu plus, sur cette très étrange « vie des rails ».
La comparaison avec un village est très juste. D’ailleurs, tous en sont originaires, et depuis plus ou moins longtemps, se sont installés ici, dans l’espoir d’une vie meilleure… Nombreux sont ceux qui en ont été obligés, car ils ont tout perdu, suite à l’une des nombreuses inondations meurtrières qui se sont succédées les unes après les autres… Rassil, un jeune d’une vingtaine d’année, remplaçant son père, dans une petite échoppe, pendant que celui-ci est parti s’occuper du réapprovisionnement de son stock, nous confirma ces propos. Sa famille est originaire de Dhaka, et, possède cette « petite boutique en dure » depuis 1994. Il nous explique que la population vivant autour de cette voie ferrée ne cesse de croître à une vitesse inimaginable. Il nous affirme même, qu’à peine cinq années en arrière, presque personne ne vivait ici!
Mais l’atmosphère des lieux reste différente des autres endroits de la ville. Il n’y a aucune circulation ici (en principe…). La vie ressemble réellement à celle d’un petit village. Dans les zones rurales, du fait d’un taux de fécondité très élevé, les enfants sont extrêmement nombreux. Cela est également le cas ici ! Et lorsqu’il y a autant d’enfants dans un si petit périmètre, un climat de jeux et de gaieté s’impose ! Vous le ressentez aussitôt ! Même les adultes se comportent beaucoup plus « légèrement » ! C’est extrêmement agréable ! Nous avons donc joué, un peu, avec les enfants…
Au fur et à mesure que nous avancions sur les rails, toujours entourés par d’innombrables enfants, nous étions de plus en plus persuadés qu’il y avait jadis un train qui empruntait cette voie, mais qu’aujourd’hui, elle était désaffectée… Comment serait-ce possible autrement… En effet, plus nous avancions, plus il y avait recrudescence de
monde et plus l’activité était intense… Ainsi, nous sommes arrivés sur un grand marché de fruits et légumes, en plein milieux des rails! Comme tous les marchés d’Asie, celui-ci était également extrêmement fréquenté! Les vendeurs étaient installés de part et d’autres des rails, tandis que les clients déambulaient au milieu. Il était tout en longueur, peut être sur deux à trois cent mètres… Une véritable cohue au milieu de la voie ferrée! De nombreuses petites échoppes avaient installé, à l’aide de bambou, des sortes de paravents pour éviter que le soleil vienne vieillir précocement leurs marchandises. Ces installations prenaient de la place et venaient encombrer le passage.
Soudainement, ce fut l’agitation générale! Tout le monde s’activa. Certains rangeaient leurs marchandises dans de grands draps, d’autres remontaient les bambous des auvents et les derniers hurlaient, de plus en plus fort, au fur et à mesure que le temps s’écoulait… et petit à petit, dans le brouhaha général, on distinguait de mieux en mieux, le très distinctif klaxonne d’un train! Ce dernier, allait, pendant quelques minutes seulement, transformer l’atmosphère générale. Une fois le rangement terminée, le train est dorénavant tout proche, et tout le monde l’attend avec impatience…Le voici, il arrive… On aperçoit la locomotive… Elle est littéralement envahit! Il y a des gens partout! Devant, dessus, derrière! Le train est totalement bondé! A petite vitesse, il traverse ce qui était, il y a à peine deux minutes, un marché de fruits et légumes extrêmement vivant! Ce train se dirige vers la gare principale de Dhaka. C’est un train local, de banlieue. Il fait toutes les heures la liaison entre Kamalapur Railway Station (la gare principale) et Naraonganj, à 13 km au sud-est.
A quelques centaines de mètres d’ici, il s’arrête à une petite gare. C’est une scène surréaliste, me rappelant celles du train local de Bombay! Ça ressemble étrangement à un train qui serait pris d’assaut par une armée totalement désorganisée… à la manière des diligences dans le far-west américains… Des gens descendent du toit pendant que d’autres y grimpent, le tout dans un rythme effréné… Ils se passent la même chose au niveau des portes des quelques wagons, où tout le monde s’agglutine… Certains essayent de sortir, pendant que d’autres, sautent dedans, presque sauvagement!Une fois le train reparti, la « vie des rails » reprend. Le marché se réinstalle et les gens continuent leurs emplettes. Mais malheureusement, vous devez vous en douter, il y a très régulièrement des accidents… En effet, aucun système de sécurité n’est mise en place, et vu le nombre de personnes vivant autour de cette voie ferrée, ces accidents sont inévitables… Et c’est ainsi que la vie des rails se transforme en une ville qui déraille… Dhaka est, aujourd’hui même, confronté à cet énorme problème de l’exode rural. On a vraiment l’impression que cette ville étouffe… et pourtant, l’afflux continue jour après jour…
Voir aussi : Diaporama => « La vie des rails »
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5 Commentaires, Commentaire ou Rétrolien
laptitmarie
Très beau récit de ce que vous venez de vivre. Une autre facette de Dhaka….
Merci beaucoup.
3 déc, 2008
nesc
Et oui …que la France voir 1 peu ce reportage. Magnifique description du déroulement 2 leurs vie BRAVOS
4 déc, 2008
Ed
Très beau récit; en effet.
6 déc, 2008
mm...
Merci de nous permette de vivre ces instants de découvertes avec vous…
8 déc, 2008
Stig
excellent! j’ai hate de voir ces images!
8 déc, 2008
Repondre à “La vie dé(s)rails… (Dhaka)”